Rejoignez PiroGoTick, un projet de recherche participative sur la piroplasmose équine et les tiques vectrices

Petit historique et objectifs du projet PiroGoTick
Lancé en 2019, le projet PiroGoTick a pour objectifs d’apporter des connaissances sur les tiques des équidés et sur les parasites responsables d’une des maladies les plus impactantes transmise par ces vecteurs aux équidés, la piroplasmose équine. Avec un volet fort de recherches participatives, ce projet a fédéré des centaines de détenteurs d’équidés dans toute la France désireux d’apporter leur contribution. Qu’ils en soient tous ici vivement remerciés car ils sont la source des données qui sont présentées.
Le projet touche à sa fin en Décembre 2025, mais de très nombreuses analyses restent à faire et beaucoup de données sont encore à analyser et à publier.
Nous poursuivrons les recherches avec l’aide de détenteurs d’équidés volontaires sur des études plus ciblées pour répondre aux questions soulevées par les résultats obtenus.
Les parasites responsables de la piroplasmose en France et en Guadeloupe
Petits rappels et infos pour mieux comprendre la piroplasmose équine
Deux parasites sont responsables de la piroplasmose équine, Theileria equi et Babesia caballi. Avec les outils de séquençage, il est apparu que T. equi est en fait composé de 5 groupes de variants génétiques appelés génotypes et nommés de A à E. Un de ces groupes, le C qui est abondant en Amérique du Sud notamment, a été renommé Theileria haneyi et semble moins virulent que les variants du groupe A.
Babesia caballi est un parasite obligatoire qui n’infecte que les équidés et qui ne se développe que dans les hématies. Il semble provoquer des manifestations cliniques plus violentes que T. equi, mais ne persiste pas à vie chez l’équidé et est éliminé par les traitements.
Suite à l’infection des équidés par des tiques porteuses de T. equi, il peut ou non y avoir un épisode clinique. Ensuite, Theileria equi persiste à vie chez les équidés infectés, malgré les traitements, qui permettent seulement de baisser la charge parasitaire. La particularité de T. equi est sa multiplication dans les cellules mononuclées du sang (lymphocytes notamment), étape obligatoire avant d‘infecter les hématies. Theileria equi a été détecté chez d’autres animaux que les équidés, notamment le chien sous nos climats. Mais on ne sait pas si le chien est un hôte possible de ce parasite ou une voie sans issue et donc sans transmission vers les tiques vectrices. Sa détection chez le chien ne serait alors que le résultat de parasites injectés par des tiques porteuses sans possibilité de multiplication (chevaux et chiens hébergent Dermacentor reticulatus et D. marginatus vecteurs de la piroplasmose équine).
Piroplasmose équine : la situation en France métropolitaine
Afin d’évaluer le taux de portage asymptomatique des deux parasites responsables de la piroplasmose des équidés en France, une étude épidémiologique a été réalisée grâce à la participation des cliniques équines des quatre écoles vétérinaires publiques françaises.
Cette étude, sur 566 équidés provenant des environs de chaque école vétérinaire, révèle que plus d’un tiers des chevaux français sont porteurs asymptomatiques de parasites à l’origine de la piroplasmose, très majoritairement Theileria equi, ce qui était attendu en raison de sa persistance à vie.
Des résultats différents sont constatés en fonction des écoles avec une prévalence croissante du Nord vers le Sud Est (Figure) : 19 % de chevaux porteurs asymptomatiques à Paris, 32 % à Nantes, 42 % à Toulouse et 56 % aux alentours de Lyon. La question d’un lien entre ce gradient de portage et la présence et/ou l’abondance des espèces de tiques vectrices fait l’objet d’une autre analyse des données du projet.
Des résultats de prévalence comparables ont été obtenus avec les données des équidés sentinelles du projet PiroSentinel (566 équidés supplémentaires).
Le typage génétique réalisé à partir des prélèvements sanguins révèle une très grande majorité de variants génétiques E de T. equi en France (98% des cas) avec quelques variants de type A, dont l’origine du sud de l’Europe (Espagne, Portugal) est fortement soupçonnée. Pour B. caballi seul le variant A est mis en évidence chez les équidés reçus dans les écoles vétérinaires. Par contre, les analyses des équidés du programme PiroSentinel révèlent la présence de variants de B. caballi dits B1 dans le sud de la France, et de T. haneyi (variant C de T. equi) chez un équidé ayant séjourné en Guadeloupe.
La situation de la piroplasmose équine en Guadeloupe
En termes de prévalence de porteurs asymptomatiques, la situation est comparable en Guadeloupe : 38,9% de porteurs de T. equi et 4,4% de porteurs de B. caballi. Seul le variant A de B. caballi est présent. Par contre, pour T. equi le variant A est cette fois-ci majoritaire (45% des souches) avec 16,7% de variants E présents chez les équidés importés d’Europe (principalement de France) et 38,3% de T. haneyi (variant C).
Les tiques des équidés en France métropolitaine
Petits rappels et infos : mieux comprendre la transmission vectorielle de la piroplasmose équine et la notion de réservoirs environnementaux des parasites
Comme précisé plus haut, T. equi et B. caballi ont des développements différents chez les équidés, c’est le cas aussi chez leurs vecteurs, les tiques.
Babesia caballi a la particularité d’être transmis de façon trans-ovarienne par les tiques : le parasite, acquis lors d’un repas de sang d’une tique femelle sur un cheval infecté, pourra être transmis à sa descendance par passage dans les ovaires et dans les œufs (transmission trans-ovarienne), puis dans les larves, nymphes et adultes de la génération suivante (transmission trans-stadiale). Le réservoir environnemental de ce parasite est donc le vecteur, la tique, qui maintient le parasite dans l’environnement pendant plusieurs années, alors que l’équidé lui l’élimine rapidement.
Theileria equi ne semble pas posséder la capacité d’être transmis à la descendance d’une tique femelle qui s’infecte (transmission trans-ovarienne), même si des études complémentaires sont encore nécessaires pour le démontrer pour de nombreuses espèces de vecteurs. Le réservoir environnemental de T. equi est donc l’équidé lui-même, qui reste infecté, donc source de parasites, toute sa vie.
La voie de transmission trans-ovarienne est très importante dans le contexte de la piroplasmose équine, car comme démontré par les résultats du projet (ci-dessous), seuls les stades adultes des principales espèces de tiques vectrices sont présents sur les équidés, et peuvent donc s’infecter et être infectants. Si T. equi n’est effectivement pas transmis à la descendance des tiques femelles, alors le cycle de transmission est interrompu. D’autres voies de transmission semblent exister, mais restent à démontrer. D’autres espèces animales permettent peut-être le développement de T. equi, espèces sur lesquelles larves et nymphes de tiques pourraient s’infecter (rongeurs notamment). Encore des pistes à explorer !!
Les tiques collectées sur équidés
Avec les programmes de collecte PiroTick (collectes ponctuelle) et PiroSentinel (suivi sur deux ans), plus de 160 000 tiques ont été collectées et identifiées sur plus de 500 sites localisés dans toute la France. Les espèces de tiques présentes sur les équidés et leur répartition géographique sont maintenant connues. Huit espèces différentes ont été identifiées, avec 4 espèces principales qui représentent plus de 95% des tiques collectées : Dermacentor reticulatus (44% des tiques collectées), Ixodes ricinus, Dermacentor marginatus et Hyalomma marginatum (Figure 2). Quatre espèces sont minoritaires quantitativement : Haemaphysalis punctata, Haemaphysalis concinna, Rhipicephalus bursa et Rhipicephalus sanguineus. Toutefois, elles peuvent selon le biotope représenter des espèces abondantes localement.
Parmi ces 8 espèces, 5 sont des vecteurs de la piroplasmose. Dermacentor reticulatus très abondante est présente sur les ¾ des sites d’étude, et elle apprécie peu le climat méditerranéen (Figure). Ce climat est par contre favorable à H. marginatum qui s’installe progressivement dans le sud de la France. La répartition géographique de D. marginatus est surprenante : elle est présente sous tous les climats (la moitié des sites d’étude) mais préfère le sud et les zones de moyenne altitude (150-800 m) (Figure). Seuls les stades adultes de ces 3 espèces principales de vecteurs sont présents sur les équidés.
Des situations locales très diverses
Pour les équidés et leurs propriétaires, la situation est complexe et impossible à généraliser à l’échelle de la France. Sur certains sites, une seule des 4 espèces majoritaires domine, mais dans la plupart des cas, plusieurs espèces sont présentes, avec jusqu’à 4 ou 5 espèces différentes. Chacune de ces espèces et des stades de chaque espèce ayant des périodes d’activité différentes dans l’année, l’impression que les équidés ont des tiques toute l’année est réelle. Dermacentor reticulatus est en effet active parfois tout l’hiver et la seule période d’accalmie semble être l’été. Mais là aussi des exceptions : l’espèce H. punctata présente en été, et les régions montagneuses où les périodes d’activité des tiques sont concentrées sur la fin du printemps et l’été.
La transmission des parasites par les tiques
La diversité des tiques a nécessairement des conséquences sur les risques sanitaires. Les différentes espèces ne transmettent en effet pas toutes les mêmes agents infectieux, c’est la notion de compétence vectorielle. La diversité des vecteurs augmente donc la diversité des agents potentiellement transmis. Pour la piroplasmose équine, les risques sont très élevés, puisque 3 des espèces majoritaires (D. reticulatus, D. marginatus et H. marginatum) sont des vecteurs d’au moins l’un des deux parasites responsables de cette maladie, Babesia caballi et Theileria equi. Et comme la répartition géographique de ces trois espèces se complète à l’échelle du territoire, le risque est présent presque partout. Il faut ensuite moduler le risque par l’abondance de ces vecteurs, et celle-ci est plus faible au nord de la France qu’au sud, expliquant la prévalence plus élevée de la piroplasmose équine dans le sud. Par contre, les risques de maladie de Lyme sont probablement plus importants au nord, sur la façade atlantique et à l’est où Ixodes ricinus, le vecteur de Borrelia burgdorferi sensu lato, est très abondant.
En conclusion, connaître les espèces de tiques présentes sur vos équidés est un outil précieux pour l’évaluation des risques sanitaires qu’ils encourent. Connaître les régions géographiques qu’ils ont fréquentées peut aussi vous aider à évaluer les risques d’être porteurs.
Les modalités de la transmission vectorielle des parasites de la piroplasmose équine, et notamment de T. equi, restent à analyser. C’est le plus complexe car de nombreux acteurs environnementaux notamment sont impliqués.
La transmission trans-ovarienne
Grâce aux tiques collectées lors des programmes de sciences participatives, nos premiers résultats confirment la transmission trans-ovarienne du variant génétique A de B. caballi par D. reticulatus et D. marginatus. Environ 10% des tiques gorgées collectées sur équidés de statut infectieux non connus et analysées ont transmis B. caballi à leurs œufs et à leurs larves. Cela semble peu mais remis dans le contexte d’un taux d’équidés porteurs de B. caballi de moins de 4%, c’est beaucoup. De plus, une proportion importante de la descendance semble infectée.
Nos résultats confirment également l’absence de transmission trans-ovarienne des variants E de T. equi par D. reticulatus et D. marginatus : aucune ponte ne s’est avérée positive malgré une prévalence d’équidés infectés de 37% à l’échelle de la France, donc une très forte probabilité que les tiques analysées se soient gorgées sur un équidé porteur de T. equi (1 chance sur 3).
Nous analyserons ensuite la transmission des parasites de la tique vers les équidés. Encore du pain sur la planche !! Les tiques ont été disséquées, leurs glandes salivaires attendent au congélateur.
Conclusion
Le projet PiroGoTick touche à sa fin, mais pas les informations qui vont en être issues. Nous tenons à remercier encore tous les participants à ce projet, riche d’interactions et d’échanges. Nous avons beaucoup appris en vous écoutant, en vous lisant, et nous espérons que nous pourrons vous apporter des connaissances, de la compréhension, si ce n’est des solutions. Nous sommes toujours joignables pirogotick@inrae.fr ou sur la page Facebook du projet.
Le projet PiroGoTick (www.pirogotick.fr) est financé à parts égales par l’IFCE, Fonds Éperon et l’Institut Carnot France Futur Élevage.

PiroGoTick est un projet de recherche participative soutenu par l’Association pour le développement des Sciences Equines. Toute personne intéressée peut participer en tant qu’ambassadeur pour faire connaître le projet, et tout détenteur.trice d’un ou plusieurs équidés peut collecter des tiques.
N’hésitez pas à rejoindre ce projet avec vos équidés, à en parler autour de vous, à mobiliser votre entourage : plus les prélèvements seront nombreux, plus le projet sera riche et permettra d’avancer sur la connaissance de la piroplasmose !
Avec votre participation, le projet a pour objectifs de produire des connaissances sur :
- les tiques qui transmettent la piroplasmose équine,
- les deux parasites responsables, Babesia caballi et Theileria equi, qui infectent les hématies de vos équidés.
Les partenaires du projet
Le projet est porté par l’UMR INRAE/Oniris BIOEPAR, le CISCO [1] , le RESPE [2] et l’Association pour le Développement des Sciences Équines. Les 4 écoles vétérinaires y participent, et la FNC (Fédération Nationale du Cheval) le soutient.
Toutes les infos sur www.pirogotick.fr
Contact : pirogotick@inrae.fr
[1] Centre International de Santé du Cheval d’Oniris, Ecole Vétérinaire, Agroalimentaire et de l’Alimentation de Nantes
[2] Réseau d’Epidémio-Surveillance en Pathologie Equine

