Capacité humaine à reconnaître les états affectifs ‘codés’ dans les hennissements de chevaux

Auteurs et date de l’article scientifiqueKatrina Merkies et al., 2021
Date de publication du résumé1 septembre 2026

Un cheval en train d’hennir

INTRODUCTION

Les hennissements – et plus généralement les vocalisations – sont utilisés par les chevaux afin de communiquer : ils transmettent une variété d’informations, liées notamment à l’état émotionnel de l’individu qui les émet. Ils sont destinés à être reçus mais… sommes-nous capables, en tant qu’humains, de les interpréter correctement ? Et donc par extension, d’adapter nos réponses en fonction de l’état émotionnel perçu ?

Ces questions ont été posées par une équipe de chercheuses canadiennes en 2021 : Katrina Merkies, Elizabeth Crouchman et Haley Belliveau. Grâce à une étude en ligne, les scientifiques ont cherché à savoir si des humains étaient capables de catégoriser “positivement” ou “négativement” des hennissements de chevaux pré-enregistrés. Elles ont également demandé aux personnes si l’état émotionnel perçu dans les vocalisations était plus ou moins intense.

Alors, à votre avis… on est doué(e)s ou pas ?

MÉTHODE

En tout, 309 personnes ont répondu au questionnaire en ligne : elles ont dû catégoriser “positivement” ou “négativement” 32 hennissements provenant d’individus et de contextes différents. On parle alors de détermination de la valence émotionnelle (positive ou négative). 

Les vocalisations ont été présentées aléatoirement aux personnes, la durée des enregistrements pouvant s’étendre de 1 à 8 secondes. 

Mais ce n’est pas tout ! Durant cette étude, on a également demandé aux répondant(e)s de noter l’état d’excitation des chevaux entendus sur une échelle de 1 à 10, c’est-à-dire l’intensité de leur état émotionnel perçu : 

1 – L’individu hennissant semble très calme

10 – L’individu hennissant semble très excité

Le savais-tu ?
En anglais, pour parler de l’état d’excitation, on utilise le terme ‘arousal’.

RÉSULTATS

De façon générale, les personnes ayant participé à l’étude ont été plutôt capables de reconnaître la valence émotionnelle des hennissements, mieux que si elles avaient répondu au hasard : 

  • 64,4 % des gens ont correctement identifié les hennissements “positifs”
  • 66,2 % pour les hennissements “négatifs”

L’âge ainsi que le degré d’expérience avec les chevaux n’ont cependant pas eu d’effet sur la capacité des personnes à identifier la valence émotionnelle des hennissements. 

Concernant l’état d’excitation des chevaux (arousal) perçu via les hennissements, les personnes de plus de 65 ans l’ont estimé plus élevé en moyenne que les autres tranches d’âge.

DISCUSSION

Tout comme dans cette étude, d’autres recherches démontrent que les humains sont capables, dans une certaine mesure, de catégoriser la valence émotionnelle de vocalisations d’autres animaux (ex. cochon ; chien ; chat).

La surestimation – par rapport aux autres tranches d’âge – de l’état d’excitation des chevaux par les personnes de plus de 65 ans pose question. L’équipe avance plusieurs hypothèses (non-exclusives, c’est-à-dire qu’elles peuvent être toutes les deux valables en même temps) : 

  • Les personnes plus matures auraient une manière différenciée de traiter les émotions par rapport aux plus jeunes adultes, ayant vécu plus longtemps (maturité émotionnelle) (travaux de Young et al. 2021) ;
  • Les personnes plus âgées ne percevant pas certaines fréquences de la même façon (les plus hautes), elles auraient un traitement auditif différent ayant une influence sur les résultats.

Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent qu’en tant qu’humains, nous sommes capables de reconnaître la valence émotionnelle encodée dans les hennissements. C’est un atout que l’on peut utiliser afin d’adapter nos comportements aux individus : en limitant les sources de stress des équidés quand les émotions sont perçues comme “négatives”, et en augmentant la fréquence des expériences positives proposées aux chevaux quand ceux-ci semblent bien percevoir la situation. 

Quelles perspectives à cette étude ? 

Par exemple, on pourrait s’intéresser aux paramètres acoustiques précis qui nous font catégoriser la valence d’un hennissement (+/-), ou bien étudier d’une façon similaire d’autres vocalisations équines.

Les hennissements des chevaux proviennent d’extraits vidéos recueillis par l’équipe. Ces extraits ont été traités afin, systématiquement, d’isoler le hennissement d’un seul individu. 

Une personne était alors en charge de catégoriser les vocalisations en fonction de leur valence (+/-) en se basant sur le contexte de la vidéo : 

  • Les hennissements “positifs” ont été émis durant un nourrissage, ou lorsque le cheval accueillait un congénère ou un humain
  • Les hennissements “négatifs” ont été émis lorsque le cheval était laissé seul, ou juste après le sevrage

Un petit texte était présenté aux personnes participantes afin de les aider un peu :

À titre de référence, un scénario de vocalisation positive serait celui d’un cheval saluant un compagnon de troupeau qui revient, ou d’un cheval excité à l’idée de recevoir une récompense alimentaire et qui émet des vocalisations en réponse à la situation. Une vocalisation négative peut être entendue lorsqu’un cheval est séparé de ses compagnons de troupeau – le cheval vocalisera pour tenter de reprendre contact avec eux.

Durant cette étude, 309 personnes ont répondu : 

  • 59% de femmes, 6% d’hommes et 35% de personnes ayant choisi de ne pas répondre
  • De toutes catégories d’âge, de 18 à plus de 65 ans
  • La majorité résidait en Amérique du Nord (85%), 9% en Europe et 3% en Océanie et autres localisations
  • 59% des personnes ont indiqué être très expérimentées avec les chevaux, 19% un peu, 14% sans expérience ; 8% indiquent n’avoir jamais côtoyé de chevaux

Un effet de genre a été observé : les femmes ont obtenu de meilleurs résultats que les hommes. Les autrices soulignent cependant que cet effet était modérée, ce qui pourrait être dû au déséquilibre des effectifs femmes (n=291) / hommes (n=18).

Cet article a été résumé par Juliane Demellier et relu par Sarah Leturmy et Marie Roig-Pons.

L’illustration est de Juliane Demellier. 

Cet article a été édité par Amélie Rousseau.

La photo d’illustration est issue de la banque d’images Unplash.

Référence complète de l’article

Merkies K., Crouchman E. & Belliveau H. (2021). Human Ability to Determine Affective States in Domestic Horse Whinnies. Anthrozoös, 35(3) DOI: 10.1080/08927936.2021.1999605

Quelques références intéressantes citées dans l’article

Young N. A., Minton A. R. & Mikels J. A. (2021). The appraisal approach to aging and emotion: An integrative theoretical framework. Developmental Review, 59, 100947. https://doi.org/10.1016/j.dr.2021.100947

Note : Les résumés publiés sur le site sciencesequines.fr sont issus d’études scientifiques qui sont parues dans des revues officielles et qui n’engagent que leurs auteurices. Nos rédactrices peuvent parfois y ajouter des commentaires qui sont systématiquement annoncés par le sigle NDLR (Note de la rédaction).