INTRODUCTION
Les hennissements – et plus généralement les vocalisations – sont utilisés par les chevaux afin de communiquer : ils transmettent une variété d’informations, liées notamment à l’état émotionnel de l’individu qui les émet. Ils sont destinés à être reçus mais… sommes-nous capables, en tant qu’humains, de les interpréter correctement ? Et donc par extension, d’adapter nos réponses en fonction de l’état émotionnel perçu ?
Ces questions ont été posées par une équipe de chercheuses canadiennes en 2021 : Katrina Merkies, Elizabeth Crouchman et Haley Belliveau. Grâce à une étude en ligne, les scientifiques ont cherché à savoir si des humains étaient capables de catégoriser “positivement” ou “négativement” des hennissements de chevaux pré-enregistrés. Elles ont également demandé aux personnes si l’état émotionnel perçu dans les vocalisations était plus ou moins intense.
Alors, à votre avis… on est doué(e)s ou pas ?
MÉTHODE
En tout, 309 personnes ont répondu au questionnaire en ligne : elles ont dû catégoriser “positivement” ou “négativement” 32 hennissements provenant d’individus et de contextes différents. On parle alors de détermination de la valence émotionnelle (positive ou négative).
Les vocalisations ont été présentées aléatoirement aux personnes, la durée des enregistrements pouvant s’étendre de 1 à 8 secondes.
Mais ce n’est pas tout ! Durant cette étude, on a également demandé aux répondant(e)s de noter l’état d’excitation des chevaux entendus sur une échelle de 1 à 10, c’est-à-dire l’intensité de leur état émotionnel perçu :
1 – L’individu hennissant semble très calme
10 – L’individu hennissant semble très excité
Le savais-tu ?
En anglais, pour parler de l’état d’excitation, on utilise le terme ‘arousal’.
RÉSULTATS
De façon générale, les personnes ayant participé à l’étude ont été plutôt capables de reconnaître la valence émotionnelle des hennissements, mieux que si elles avaient répondu au hasard :
- 64,4 % des gens ont correctement identifié les hennissements “positifs”
- 66,2 % pour les hennissements “négatifs”
L’âge ainsi que le degré d’expérience avec les chevaux n’ont cependant pas eu d’effet sur la capacité des personnes à identifier la valence émotionnelle des hennissements.
Concernant l’état d’excitation des chevaux (arousal) perçu via les hennissements, les personnes de plus de 65 ans l’ont estimé plus élevé en moyenne que les autres tranches d’âge.
DISCUSSION
Tout comme dans cette étude, d’autres recherches démontrent que les humains sont capables, dans une certaine mesure, de catégoriser la valence émotionnelle de vocalisations d’autres animaux (ex. cochon ; chien ; chat).
La surestimation – par rapport aux autres tranches d’âge – de l’état d’excitation des chevaux par les personnes de plus de 65 ans pose question. L’équipe avance plusieurs hypothèses (non-exclusives, c’est-à-dire qu’elles peuvent être toutes les deux valables en même temps) :
- Les personnes plus matures auraient une manière différenciée de traiter les émotions par rapport aux plus jeunes adultes, ayant vécu plus longtemps (maturité émotionnelle) (travaux de Young et al. 2021) ;
- Les personnes plus âgées ne percevant pas certaines fréquences de la même façon (les plus hautes), elles auraient un traitement auditif différent ayant une influence sur les résultats.
Dans l’ensemble, ces résultats suggèrent qu’en tant qu’humains, nous sommes capables de reconnaître la valence émotionnelle encodée dans les hennissements. C’est un atout que l’on peut utiliser afin d’adapter nos comportements aux individus : en limitant les sources de stress des équidés quand les émotions sont perçues comme “négatives”, et en augmentant la fréquence des expériences positives proposées aux chevaux quand ceux-ci semblent bien percevoir la situation.
Quelles perspectives à cette étude ?
Par exemple, on pourrait s’intéresser aux paramètres acoustiques précis qui nous font catégoriser la valence d’un hennissement (+/-), ou bien étudier d’une façon similaire d’autres vocalisations équines.
Note : Les résumés publiés sur le site sciencesequines.fr sont issus d’études scientifiques qui sont parues dans des revues officielles et qui n’engagent que leurs auteurices. Nos rédactrices peuvent parfois y ajouter des commentaires qui sont systématiquement annoncés par le sigle NDLR (Note de la rédaction).


